Claire Bergerault : voix, accordéon, objets.
Jean-Jacques Decreux : basson, objets.
Fabrice Favriou : batterie, objets. Enregistré les 1, 2, 3 septembre 2004 à l'auditorium du CNR de Poitiers.
Lorsqu’on a déjà eu la chance de voir Claire Bergerault et son Echelle de Mohs sur scène (N.P.A.I 2006) et qu’on retrouve ce Rezv enregistré avec le très similaire Pôd’TôP en septembre 2004, la satisfaction est bien grande de vérifier que la première impression était la bonne et qu’une fois mis un visage sur les sons, la magie continue d’opérer. Le plaisir de la découverte, conforté par la qualité du spectacle, permet ainsi de tendre une oreille plus sereine vers la musique proposée, d’y discerner quelques subtilités qui nous avaient encore échappé ou de se laisser simplement dériver au gré de ces sonorités nouvelles à l’atmosphère rêveuse et sombre.
Claire Bergerault est accordéoniste et vocaliste. Elle ne chante pas au sens commun du terme, mais accompagne son instrument de mélopées, de soupirs et de cris de gorge, de tête ou de poitrine venus du fond de son corps et qui, saisis dès leur naissance, deviennent l’expression de sa pensée immédiate. On l’aura compris : la dame improvise comme elle respire et comme l’accordéon s’époumone ou s’épuise à la mesure de sa violence et de ses silences. A ses côtés, le bassoniste Jean-Jacques Decreux et le percussionniste Fabrice Favriou retiennent comme ils peuvent le décor mouvant de cette pythie inspirée aux prédictions parfois ingrates. Leur scénographie évolue dans le sillage de son esthétique, mais la nourrit également de leurs réactions spontanées, si bien que l’ambiance crépusculaire qui se dégage du disque comme du plateau nous semble alors parfaitement collective, construite de strates aussi poreuses que l’imaginaire et propre à suggérer les images les plus apocalyptiques.
Ce superbe premier témoin (à ma connaissance du moins) de la musique de Pôd’Tôp nous ouvre finalement les portes d’un univers très personnel et que l’on a su rendre pluriel. Un univers où sans doute, il ne fait pas bon vivre, mais qui recèle assurément, des perles noires et des argents ternis vers lesquels nous n’avons qu’un léger effort à fournir si nous voulons en saisir la brillance. Un disque à l’abord un peu effrayant et qui ne se donne pas, comme ça, au premier venu, mais un disque qui se mérite.